15/04/2010

Sensation - La photo d'Arthur Rimbaud


Seuls huit clichés représentant le poète Arthur Rimbaud  étaient connus, dont quatre, très flous, de sa période africaine. La neuvième photo est ci-dessous; elle a été découverte en 2008 par 2 libraires qui ont mis donc 2 ans avant de la diffuser au grand public. 




(cliquer sur l'image pour agrandir)


Pour l'anecdote : 
C'est dans une brocante qu'Alban Caussé et Jacques Desse, ont trouvé la perle rare dans un paquet de clichés datant de la fin du XIXe. Sur ces images, des vues d'Aden, où le poète avait brûlé le dernier acte de sa courte existence stoppée dans sa 37e année, en 1891. Or, surprise: au sein d'un groupe posant sur le perron de l'Hôtel de l'Univers, un homme a une étrange ressemblance avec l'auteur du Bateau Ivre.... qui justement fréquentait cet établissement!
source : Gala







Sensation
Arthur RIMBAUD
(Charleville 1854 - Marseille 1891)
 


Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue:
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai à rien:
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la nature, - heureux comme avec une femme.

 





Je vous poste le commentaire détaillé du site

Sensation (1870)


Commentaire

Ce petit poème de huit vers (deux quatrains en rimes croisées) est un des premiers textes de Rimbaud. Il est daté de Mars 1870 (Rimbaud aura 16 ans le 20 octobre 1870). Comme il est normal à cet âge, et à cette saison (le printemps), c’est un projet d’avenir, un programme de bonheur : l’adolescent rêve d’un bonheur parfait trouvé dans l’harmonie avec la nature, un bonheur identifié à la plénitude des sensations.
  ***
         Le poème déclare un projet : il est écrit au futur : « j’irai » (2 fois),  « j’en sentirai », « je laisserai », « je ne parlerai pas, je ne sentirai rien », « montera ». La référence spatio-temporelle du premier vers évoque des paysages idéaux («soirs bleus d’été ») et indéfinis. Les futurs, les pluriels de « sentiers » et surtout de « soirs » excluent toute référence à une expérience précise réellement vécue. Il s’agit bien d’un rêve pour demain, pour l’été qui vient peut-être, ou pour un avenir plus lointain encore.
L’auteur se rêve en vagabond (« comme un bohémien » v.7). La répétition du verbe « aller » (vers 1 et 7), de l’adverbe « loin » (« loin, bien loin » v.7) indiquent l'attrait de la promenade, de la marche à pied dans la campagne (« par la Nature » v.8, où la préposition par signifie « à travers », avec une idée de traverser, de parcourir).
Dans la deuxième strophe, le rapport avec la Nature (que Rimbaud écrit avec une majuscule pour la personnifier ou la diviniser, à la manière des Romantiques) est décrit comme une forme d’amour : « Et l’amour infini me montera dans l’âme ». La nature est comparée à une femme : « heureux comme avec une femme ».
Des harmonies phonétiques : assonances en [é] dans le premier quatrain, échos des [eur] dans le vers 3 (rêveur/fraîcheur), des [in] dans le vers 7 (loin, bien loin, bohémien), s’ajoutent à la délicatesse des rimes (notamment féminines : âme/femme ; nue/menue) pour créer une atmosphère douce et musicale qui transmet au lecteur une impression de bien-être et de bonheur.
           
Il ressort bien du poème le rêve d’un bonheur idéal rencontré dans l’harmonie avec la Nature. Comme le suggère en outre le titre, l’image que l’adolescent se fait du bonheur est essentiellement sensuelle.

Dans la première strophe, Rimbaud fait appel presque exclusivement à des sensations tactiles : « picoté », « fouler », « baigner », « fraîcheur ». Le picotement des blés, la fraîcheur de l’herbe et du vent sont des sensations liées à la saison où le poème a été écrit : le printemps. Le choix de sensations tactiles, liquides même (« baigner », « fraîcheur »), exprime le désir d’un contact physique avec la nature.
De même, il convient de noter la double phrase négative du vers 5 : « Je ne parlerai pas ; je ne penserai rien » qui vise à placer hors-circuit l’être conscient, l’intellect. C’est dans la sensation brute seulement que le bonheur peut être atteint.
Dans le second quatrain, l’organisation syntaxique de la phrase vise à produire un rythme ascendant qui suggère une exaltation grandissante jusqu’à l’apothéose du dernier vers. Le vers 5, sagement coupé en deux, est un alexandrin régulier. Le vers 6, dépourvu de césure* forte à l’hémistiche, se lit d’un seul tenant et allonge le rythme; le verbe « monter », exprime l’idée d’une intensité croissante ; en outre, on entend dans ce vers à cinq reprises la lettre qui se prononce « Aime! » et qui s’articule en avançant les lèvres, comme pour un baiser. Le vers 7, avec la répétition « loin, bien loin » commence avec un mouvement de vague ascendante et déborde sur le vers suivant grâce au rejet du groupe « par la Nature » : cet allongement au delà des limites normales du vers élargit l’espace du vagabondage et amplifie le chant jusqu’à un point d’équilibre matérialisé par le tiret. Le dernier segment du vers 8 : « heureux comme avec une femme » suggère l’accession à un état de bonheur parfait et de plaisir pur, comparable à l’union entre un homme et une femme.
  ***      
           Dans ce texte printanier, on peut trouver l’expression simple mais juste d’une âme adolescente : l’attente du bonheur, le désir de s’évader, de vagabonder de par le monde. L’éveil de la sensualité s’exprime dans la quête d’une intensité des sensations, la célébration imaginaire d’une noce avec la Nature. 

2 commentaires:

  1. LES DESSOUS DE LA PHOTO DE RIMBAUD : IZARRIMBAUD ?

    Je constate que certains journalistes sont plus avisés que d'autres. J'ai eu l'heureuse surprise de dénicher cet article de Jacques Quentin qui parle de moi avec grande lucidité... Mes détracteurs apprécieront.

    Raphaël Zacharie de IZARRA

    =======

    LES DESSOUS DE LA PHOTO DE RIMBAUD : IZARRIMBAUD ?

    Elle lui ressemblait comme une fille peut ressembler à son père.

    Avec la bonne foi, la sincérité de son âme entière, de son coeur franc (fatalement lucides), le public ne s'y était pas trompé. La France était convaincue !

    Sauf que les tests ADN avaient rendu leur verdict, pétrifiant : désaccord génétique total et définitif entre la fille et son prétendu géniteur.

    La douche froide.

    Qui ne se souvient pas de cette douloureuse affaire Aurore Drossard, fille imaginaire de Montand ? La leçon, authentique cas d'école, doit nous inciter à adopter à l'avenir la plus extrême prudence dans ce genre d'information où la subjectivité peut brouiller les pistes les mieux balisées.

    Or, avec le dernier avatar concernant Rimbaud, nous sommes dans un processus médiatico-hystérique exactement inverse : cette fois ce sont les "spécialistes" qui, enivrés de doctes fumées, se sont eux-mêmes convaincus. Et de quoi donc me demanderez-vous ? Du pire : la mine patibulaire d'un Rimbaud aux antipodes de sa légende esthétique.

    La pilule à du mal à passer chez les vrais-faux admirateurs du poète de Charleville qui, avec ce bon sens inné caractérisant les profanes et les ignorants, doutent.

    La découverte de la photo date de deux ans. Troublant : à la même époque un certain Izarra criait à qui voulait l'entendre -et nul ne semblait vouloir prêter sérieusement l'oreille à ses élucubrations- qu'il était l'auteur du "Rêve de Bismarck", un autre inestimable trésor rimbaldien sauvé des rebuts d'un bouquiniste de Charleville-Mézières. Décidément, le hasard facilite bien des choses dans l'environnement de cet énigmatique Izarra...

    Mais revenons à la tête de Rimbaud. Les spécialistes dont le fameux Jean-Jaques Lefrère se sont basés sur quatre de ses photos (plus ou moins nettes) déjà connues et reconnues pour établir un nouveau dogme avec cette vertigineuse certitude propres aux exégètes de leur niveau élevés au pain blanchit. La farine universitaire a d'incontestables vertus de salubrité intellectuelle... Bref, c'est avec la même conviction, pour ne pas dire la même ferveur que le "Rêve de Bismarck" fut décrété authentique.

    Rien n'est plus ressemblant à un portrait qu'un autre portrait, pour peu que le coeur s'emballe. On s'interrogera sur les méthodes employées par ces imprudents spécialistes cherchant à faire passer à la postérité le visage d'un parfait anonyme confondu avec Rimbaud sous le prétexte d'une enseigne d'hôtel en guise de (fausse) piste aux stars du Parnasse, de chasse aux mythes... Bertillonnage ? Identification judiciaire ? Tests ADN ? Les rieurs riront.

    Les convictions pour le moins subjectives -autant dire hautement fantaisistes- de Jean-Jaques Lefrère et ses disciples sont une bonne gifle pour nous rappeler qu'à travers ce genre de révélation sensationnelle pleine de flou artistique lié à l'univers de Rimbaud, un Izarra peut toujours en cacher un autre.

    Les érudits échaudés ajouteront : aujourd'hui plus qu'hier.

    Méfiance donc.

    Jacques Quentin
    jacquesquentin@hotmail.fr

    ARTICLE ORIGINAL :

    http://fauxrimbaud.blogspot.com/

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  2. Cher Jacques,

    Je vous félicite pour votre intérêt pour l'univers de Rimbaud.

    Néanmoins, ce n'est qu'une photo de vacances...

    Toute polémique sur cette photo fera donc sourire toute la rédaction. Aussi, nous regrettons que Facebook ne soit pas encore mis en place, pour immortaliser la vie de Rimbaud.

    Bonne continuation

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